Megane Lederrey
Megane Lederrey est anthropologue, spécialiste de l’asile et du droit des personnes étrangères. Après avoir œuvré à la défense des personnes sans papiers, elle travaille dans un hébergement d’urgence pour personnes sans domicile, puis co-fonde « la demeure », un espace socioculturel sur une friche urbaine. Elle y accompagne des personnes précarisées pour tenter de renforcer leur autonomie et leur autodétermination. Entre 2022 et 2024, elle co-dirige l’Observatoire romand du droit d’asile et des étranger·èrexs (ODAE romand) dont les publications allient témoignages et analyses critiques. Elle entreprend ensuite une enquête inédite sur les centres fédéraux d’asile, publiée aujourd’hui sous forme d’essai.
Modération:
Alice Sala
Docteure en anthropologie, Alice Sala explore depuis 20 ans les questions de justice sociale, les migrations, les économies globales et les relations entre les « Sud et Nord Globaux ». Ses recherches reposent sur des terrains immersifs et donnent lieu à des projets mêlant science et art : cinéma, expositions, publications et podcasts.
Elle a notamment travaillé sur les études de genre et l’économie sexuelle, les politiques d’asile et les parcours migratoires, ainsi que sur les chaînes d’approvisionnement et les déchets électroniques. Ses travaux sur le réemploi, la réparation et le reconditionnement ont notamment donné naissance au concept de Global Reuse, Repair and Refurbish Networks (GRRRs).
Les centres fédéraux d’asile
D’une réforme à l’autre, l’asile a progressivement dévié de sa vocation première de protection et de refuge. Dans les pays occidentaux, il est devenu un mécanisme d’enfermement des personnes exilées. Cette enquête nous plonge dans l’univers méconnu des centres fédéraux d’asile suisses (CFA), véritable industrie lucrative où l’État délègue encadrement et sécurité à des entreprises privées. On y déploie un arsenal de mesures sécuritaires : couvre-feu, fouilles corporelles, sanctions, exclusions. Les règles, jugées arbitraires exacerbent les tensions et vident de sens le travail des employé·es.
Au travers d’une visite guidée de ces espaces fermés, inaccessibles au public et aux médias, cet essai nous dévoile le quotidien des résident·es, caractérisé par une promiscuité difficilement soutenable et une surveillance constante. Face à la violence institutionnelle des CFA, exilé·es et professionnel·les résistent pour préserver la dignité. En portant les voix que les autorités tentent de réduire au silence, l’essai s’inscrit dans leur lutte pour la reconnaissance. L’autrice entrelace diverses narrations, alternant analyses rigoureusement documentées et paroles directes sous couvert d’anonymat. Une plongée au cœur des CFA qui illustre comment les centres d’asile cristallisent le racisme.